Entretien avec Fabrice PELTIER – Designer – Président de l’INDP (Institut National du Design Packaging)

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Entretien avec Fabrice PELTIER – Designer – Président de l’INDP (Institut National du Design Packaging)

Photo Fabrice PeltierPouvez-vous nous présenter votre activité et les missions de l’INDP ?

Interlocuteur privilégié de l’ensemble des acteurs de la création packaging, l’INDP est une association loi 1901 créée par des professionnels de l’emballage, designers et industriels, avec pour objet statutaire “de contribuer au développement des activités de création et de design liées à la fabrication d’emballage”. C’est dans ce cadre que depuis un peu plus de dix ans, l’INDP informe, anime et met en relation les professionnels du secteur en proposant un ensemble de prestations et en développant un programme d’actions : newsletter, rencontres professionnelles, expositions, mises en relation, formations, concours, études, …

L’INDP s’appuie désormais sur un solide réseau d’industriels de l’emballage, de marques, de distributeurs, d’agences de design ou de designers indépendants, d’institutions, d’experts, de prescripteurs du design, … qui lui permet promouvoir les initiatives et des bonnes pratiques en matière de créativité et d’innovation dans le domaine du design packaging.

L’INDP a rejoint le CNE en 2013 au sein du 9ème collège, avec le recul, pourriez-vous nous proposer un bilan de cette collaboration ?

Le designer packaging est un acteur à part entière de l’industrie de l’emballage. Il travaille en amont lors des projets de développement d’emballages et ses propositions sont souvent très lourdes de conséquences en aval, lors des phases de production. En effet, le design packaging est une activité créative et technique qui consiste à concevoir les formes et les décors des emballages destinés à contenir tous types de produits, qu’ils soient de consommation courante ou à usage professionnel. Son objectif est multiple dans la mesure où il vise à améliorer un ensemble de fonctions très différentes les unes des autres, tout au long du cycle de vie du produit : de son conditionnement en usine à son déballage sur le lieu de consommation, en passant par son exposition sur le lieu de vente, pour finir à la poubelle…

Il se trouve qu’avant l’arrivée de l’INDP au CNE, le designer packaging était totalement absent des groupes de travail. L’ouverture du 9ème collège du CNE a comblé ce vide. Après plusieurs années de participation aux activités de l’association nous ne pouvons que nous féliciter de cette collaboration qui, j’en suis certain, nous a mutuellement enrichis. Aussi, désormais j’encourage vivement tous les membres de l’INDP à participer activement et régulièrement aux manifestations et aux groupes de travail du CNE…

Certains adhérents de l’INDP ont rejoint le groupe de travail en cours du CNE « l’Emballage pour tous les âges », selon vous, en quoi le design de l’emballage peut contribuer à intégrer l’usage consommateur ?

Comment imaginer ce groupe de travail sans la présence de designers ? Nous pouvons considérer aujourd’hui que l’amélioration d’un emballage basique pour le rendre plus fonctionnel et plus communiquant est incontestablement un acte de design : le travail du designer packaging.

L’exercice du design packaging se résume en deux grandes spécialités : – Le design de la forme de l’emballage. Il s’agit d’un travail sur la fonctionnalité, l’ergonomie, l’esthétique, la polysensorialité, l’éco-conception… Soit toutes les composantes de la configuration de l’objet de conditionnement en lui-même, avec le but d’en faire un emballage plus fonctionnel, plus efficace et plus pratique pour les utilisateurs. – Le design de la communication émise par l’emballage. Il s’agit du travail sur l’identité de la marque, la reconnaissance de l’univers du produit, l’attractivité sur le point de vente, la mise en valeur des spécificités de l’offre, la visibilité et la lisibilité des informations… Soit tous les éléments graphiques et visuels reproduits sur l’emballage, pour en faire un média identitaire qui transmet efficacement les messages du producteur à ses consommateurs.

Ce descriptif des interventions du designer packaging résume à lui seul la raison de la présence indispensable des adhérents de l’INDP au groupe de travail « l’Emballage pour tous les âges ».

En tant qu’administrateur du CNE, quels sont les grands thèmes émergents que le CNE pourrait investiguer dans le cadre de groupes de travail ? Faire aimer l’emballage !

Pourquoi les médias dénoncent-ils régulièrement l’emballage comme étant l’un des pires fléaux de la planète? Le paradoxe de l’emballage, c’est qu’on oublie sa fonction pour se focaliser sur sa fin de vie. Par exemple, les boîtes de conserve que Napoléon a fournies à la Grande Armée pour lui épargner le scorbut. Il y a aussi le rôle salvateur qu’elles ont joué dans la prophylaxie de la listéria. Un emballage doit avant tout protéger. Aujourd’hui, un emballage améliore aussi la durée de vie de son contenu, ce qui est entre autres un élément de réponse au problème du gâchis alimentaire ; il donne également des informations essentielles sur le contenu, ce qui répond à une demande de plus en plus forte des consommateurs.

Pour faire aimer l’emballage, il convient juste de rappeler quelques fonctions élémentaires et une exigence primordiale à sa réalisation. En premier lieu, le conditionnement doit protéger, conserver et valoriser ce qu’il contient : le produit. Il doit aussi communiquer avec le consommateur, expliquer la nature du produit, donner des informations légales et convaincre sur ses qualités pour susciter l’acte d’achat. Enfin, il doit satisfaire son utilisateur, tant sur des critères rationnels que sont la fonctionnalité et le service, que d’autres totalement irrationnels, comme le désir et le besoin… L’exigence, quant à elle, qui préside désormais à toute création d’emballage, est que celui-ci ait un impact minimum sur notre environnement et bien évidemment sur la santé humaine. Bien emballer est donc un acte de respect : respect du produit contenu, respect de la personne qui achète, respect de la personne qui utilise, respect de l’environnement.

Travaillons ensemble sur ces messages et relayons-les ! Ainsi l’emballage sera peut-être plus respecté…

Le monde bouge rapidement, l’INDP a pour vocation de favoriser les rencontres et les échanges dans le but notamment, d’anticiper les tendances et de favoriser l’innovation. Quelles sont pour vous les innovations de demain en termes d’emballage ?

Le design packaging n’est autre que le reflet de notre société industrielle et consumériste. Cependant, demain devra-t-il encore combler sans limites les besoins futiles d’enfants gâtés de quelques pays privilégiés ? Ou bien se résoudre à compter ses ressources pour répondre à de vrais besoins d’une population mondiale qui ne cesse de s’accroître ? La planète nous appellera inexorablement à la raison en nous imposant un autre chemin. Ainsi, le design packaging prendra de nouvelles orientations.

  • Vers un emballage plus raisonnable

Les crises sécuritaires, climatiques, sanitaires, écologiques, économiques sont de plus en plus fréquentes et violentes. Elles sont, pour de nombreux observateurs, les signes avant-coureurs de la fin d’un système, d’un changement inéluctable de modèle. Notre société qui se mondialise entraîne inexorablement une problématique générale d’épuisement des ressources, liée à une surexploitation d’à peu près tout ce qui se trouve sur terre et qui peut générer des profits.

Force est de constater qu’à la fin du XXe siècle, 20  % de la population mondiale consommait 80 % des ressources naturelles disponibles. Il va donc falloir partager et économiser. Une statistique qui est vraie aujourd’hui, mais le sera encore plus demain avec le développement rapide des autres pays. Il y a donc nécessité, pour ne pas dire urgence, à produire de manière plus raisonnée. Pour ce faire, les designers d’emballages ont leur part de responsabilité. Ils sont désormais invités à intégrer ces nouvelles contraintes dans leur réflexion, voire à les inscrire durablement dans l’éthique de leur profession…

  • Vers un emballage plus recyclable

Depuis la mise en place du dispositif “Point Vert” en 1993, nous mettons nos emballages dans les bacs de tri sélectif pour qu’ils soient recyclés. Les résultats n’ont cessé de progresser, jusqu’à atteindre un seuil qui semble bien difficile à dépasser pour atteindre l’objectif ambitieux de taux de recyclage 75%. Aujourd’hui, l’enjeu n’est pas seulement de demander aux citoyens de mieux trier et de trier plus, mais aussi de demander aux industriels d’améliorer la recyclabilité des emballages qu’ils mettent sur le marché. Comment faire pour qu’une tonne d’emballages rapporte le plus de matière recyclée possible ?

Le plus gros gisement d’augmentation des taux de recyclage est dans l’amélioration de la recyclabilité de ce que les gens trient. Concevoir des emballages en optant pour des solutions qui permettent d’obtenir plus de matières au recyclage, c’est faire de la « recyclo-conception ». Cette démarche consiste à intégrer la facilité et la performance du recyclage dans la conception des emballages. C’est, pour moi, le vrai challenge de demain pour les designers packaging! En effet, il n’y a aucun intérêt à déposer dans les bacs de tri sélectif, des emballages usagés qui sont à moitié recyclables. C’est l’intégralité des emballages qui doit être recyclable. Cette « recyclabilité  totale » des emballages est fondamentale pour l’avenir. Dans le domaine du recyclage, toutes les mesures doivent être prises pour éviter que les déchets d’emballages ne partent en fumée ou pire, ne deviennent des déchets ultimes. Pour augmenter le taux de recyclage des emballages usagés, il ne s’agit pas uniquement de demander aux gens de trier, mais de contribuer à faire en sorte que ce qu’ils trient soit facilement recyclable. Aux designers d’emballages de se pencher sur la question, car ce n’est bien évidemment qu’une question de conception…

  • Vers un emballage plus économique

Le prix a toujours été un facteur déterminant dans le choix des industriels comme des consommateurs. Cependant, pour diverses raisons, il va le devenir encore plus. Longtemps réservé à une clientèle aux revenus modestes, le « prix bas » est devenu synonyme de « bonne affaire ». S’il y a encore quelques années la marque justifiait à elle seule un prix plus élevé, les consommateurs se sont peu à peu rendu compte que la qualité de certains produits griffés ne justifiait absolument pas leur niveau de prix. Il faut bien admettre que les études drastiques d’analyse de la valeur, entamées par toutes les grandes entreprises à partir des années 1980, ont eu pour effet de niveler la qualité de leur offre par le bas et par voie de conséquence de leurs emballages. Au bout du compte, la différence entre un produit de premier prix et un produit de prix standard, voire haut de gamme, n’était pas toujours perceptible. Chemin faisant, les prix bas ne sont plus systématiquement perçus par les consommateurs comme un symbole de qualité médiocre.

Depuis 2008 et le début de la crise économique, les consommateurs sont encore plus sensibles au prix. Leur pouvoir d’achat, d’abord en stagnation puis en baisse sensible, impose un design beaucoup plus sobre et plus économique ; le coût des choses est devenu plus que jamais rédhibitoire. Ainsi, il devient de plus en plus difficile de justifier que l’emballage d’un produit au design parfaitement étudié soit plus cher qu’un autre. Bien au contraire, le design parfaitement étudié d’un packaging doit être à la disposition et à la portée de tout un chacun. Les designers doivent concevoir des emballages qui reflètent le juste prix au prix le plus juste…

Avez-vous des suggestions pour renforcer les activités et ainsi contribuer à la visibilité du CNE ?

Vulgariser et communiquer auprès du grand public les travaux du CNE. À quand l’Emballage pour les Nuls !!!