Entretien avec Olivier LABASSE – Premier Délégué Général à l’origine du CNE

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Entretien avec Olivier LABASSE – Premier Délégué Général à l’origine du CNE

olivier-labassePouvez-vous nous dire, en 1997 « pourquoi avoir pensé à créer le CNE ? »

Depuis les années 1975 la prévention des déchets d’emballage était mentionnée dans les textes législatifs français, ou en devenait l’objet, comme dans la loi du 13 juillet 1992 ; la Directive Européenne du 20 décembre 1994 était consacrée à la gestion des emballages afin de réduire leur incidence sur l’environnement. Après la création de la SA Eco-Emballages agréée en novembre 1992, pour, en aval de la chaine emballages, contribuer à la collecte et à la valorisation de leurs déchets, nous avons considéré qu’agir dès la création des emballages, éventuellement dès la création du produit contenu, était prioritaire pour l’économie et l’écologie. Eco-Emballages avait été une initiative de l’industrie, développée sous l’égide de l’ILEC en particulier, emmenée en 1991 par un visionnaire, Antoine Riboud, patron emblématique de BSN-DANONE (pas encore 100% « DANONE » à l’époque, si ma mémoire est fidèle), qui avait transformé son groupe initialement verrier, puis fabricant d’emballages (verre et plastique) en un leader des produits de grande consommation. Bref, du contenant au contenu.

Antoine Riboud avait déjà voulu réconcilier l’économique et le social dans les entreprises (cf. le « double projet » et le discours de Marseille) ; BSN adepte d’évidence du recyclage du matériau (bouteilles et pots en verre), avait plus tard créé « Vacances Propres » pour la collecte, en consommation nomade, des emballages vidés de leurs contenus. Ecologie et marketing pour les Marques portées afin qu’ils ne polluent pas la nature.

J’avais commencé ma carrière dans l’industrie du verre, à BSN, que j’avais quitté comme responsable marketing avant d’intégrer celui de « Gervais- Danone » ; du petit pot de verre au yaourt! Le couple « produit – emballage », une évidence pour moi. Directeur commercial, chez Danone puis membre des comités de direction de deux groupes de produits de grandes marques, en charge du Marketing, des Ventes et de la Logistique, j’avais l’expérience de  la grande distribution, la connaissance de ses enseignes et de ses organisations professionnelles, en particulier la FCD et son Président, Jérôme Bédier. Lorsque l’ILEC et son Délégué général, Dominique de Gramont, m’ont suggéré de rencontrer Jean François Molle (Environnement Danone), Eric Guillon (Eco-Emballages), que je connaissais bien, Jean François Stosser du CLIFE et le Président d’Interfilières Matériaux, j’étais pris par le processus de lancement d’ECR France, premier organisme paritaire « Industrie-Commerce » national. Je ne me suis pas  retrouvé en terrain tout à fait inconnu et j’ai immédiatement partagé la vision et l’ambition d’un Conseil de l’emballage, pas encore national.

Après consultation des pionniers, recrutement des acteurs manquants de la chaine emballage, rédaction et négociation des statuts, nous portons, sous la Présidence de Georges Robin, le CNE sur les fonts baptismaux le20 mai 1997, avec les 7 premiers collèges représentant tous les acteurs de la chaine de l’emballage, y compris les associations de consommateurs et celles pour la protection de l’environnement ; le 8ème, les collectivités locales, nous rejoignant très vite avec l’Association des Maires de France et grâce à son Président, Jean-Paul Delevoye.

Le CNE fête ses 20 ans.

En tant que Délégué Général que retenez-vous du temps passé comme éléments majeurs et structurants pour le monde de l’emballage ?

Le rôle de l’ensemble des acteurs de la « chaine emballage » dans la réussite collective. La prise en compte du couple produit-emballage et l’importance de l’emballage dans le succès (ou l‘échec) du produit dont il est partie intégrante jusqu’à la consommation du contenu. Avant d’être un objet ou un matériau, l’emballage remplit des fonctions pour le produit et pour le consommateur. La mise en place d’un langage commun et d’un référentiel de prise en compte de la prévention des déchets d’emballages, non limitée à la réduction à la source, non limitée à l’emballage primaire, à fonction égales, à valeur d’usage identique ou améliorée, quel que soit le  matériau (et sans substitution), toutes choses égales par ailleurs…

Les manuels de bonnes pratiques du CNE, élaborés avec l’ensemble des acteurs et dans la concertation, y compris de l’administration et des pouvoirs publics, ses référentiels, ses guides d’application et ses notes de position aux  ministères concernés, Environnement et Industrie, en sont la meilleure illustration. Le CNE a publié, diffusé ou rendu une vingtaine de manuels, études et avis pendant ses années de petite enfance et d’adolescence. Pas colossal, mais toutes acceptées, entérinées et suivies. Nous avons, pour la première fois en France, chiffré l’impact de la réduction à la source dès 1998 et réalisé la première analyse environnementale de l’évolution des emballages ménagers avec l’ADEME en 2006.

Comment voyez-vous le CNE demain ? Adhérents, Organisation, Gouvernance, Moyens,…

Un organisme paritaire, acteur du développement durable, respecté de tous, au-dessus des parties, pionnier dans les idées et les bonnes pratiques, au service de l’intérêt général.

A l’approche de 2020, quels seraient les sujets clés à développer ?

En référence à l’époque que j’ai connue, nous n’avions pas encore pleinement réussi à réconcilier partout marketing et écologie, malgré les grandes conférences que nous avions organisées au Ministère de l’environnement à l’invitation de Dominique Voynet avec 250 industriels ou de Nathalie Koscuisko- Morizet avec 250 directeurs de marketing. On doit pouvoir faire mieux. Peut-être est-ce le cas aujourd’hui ?

Autre sujet, pour autant connexe : les performances étaient plus remarquables au début des années 2000 et rapides pour les entreprises qui concevaient et fabriquaient sur le territoire national et participaient aux groupes de travail que nous animions avec Raymond Wallaert. Il y a probablement un changement d’échelle géographique nécessaire avec les produits importés, mais peut être l’a-t-on réalisé ? Nous avions en effet commencé à établir des passerelles au niveau européen, à l’instar de ce que nous faisions avec les industriels et les distributeurs pour ECR avec des organismes nationaux et un organisme européen de coordination, de contact et de relation avec la Commission européenne.

Avez-vous des suggestions pour renforcer les activités et ainsi contribuer à la visibilité du CNE ?

Augmentation des moyens pour créer toujours plus d’intelligence collective, de savoir-faire et de faire savoir ? Joker !