Interview de Frank GANA – Directeur Digital & Innovation chez CITEO

Interview de Sandrine SOMMER – ‎Directrice Développement Durable et RSE chez GUERLAIN
Fév 2018

Interview de Frank GANA – Directeur Digital & Innovation chez CITEO

1- Pouvez-vous nous présenter votre fonction et les activités de CITEO en lien avec l’emballage 

Je suis directeur de l’innovation de CITEO. A ce titre j’ai deux missions principales : la première -qui est une mission traditionnelle à tous les CDO- consiste à aider l’entreprise à devenir plus agile, à inventer de nouveaux modèles d’affaires, à innover et à se digitaliser. La seconde est propre à l’activité de CITEO : il s’agit d’aider l’ensemble de la filière à s’inscrire dans la même dynamique pour trouver –le plus rapidement possible- des solutions économiquement pérennes aux problèmes environnementaux.

Ces missions se traduisent, pour les acteurs de l’emballage, par le développement de services performants pour nos clients et par l’accompagnement de la filière : notre mission est d’aider les acteurs à mettre l’innovation au service de leurs problématiques. Nous les aidons aussi à collaborer entre eux et avec l’ensemble des acteurs de la chaine de valeur.

2- En 2016 vous avez lancé le Circular Challenge sous l’égide d’Ecofolio, pouvez-vous nous expliquer tout l’intérêt de ce concours ?

Circular Challenge est un concours qui vise à détecter les startups dont les innovations ont le potentiel de répondre aux problèmes environnementaux et/ou règlementaires de nos clients.

Au-delà du concours, notre engagement s’inscrit dans la durée. L’important pour nous est de sourcer de la manière la plus pertinente possible ces innovations, et de les aider ensuite à se consolider et à croître pour qu’elles répondent aux contraintes industrielles de nos clients. Enfin, notre objectif est de les faire connaitre afin de développer des partenariats avec nos clients et de permettre à ces derniers de faire de l’innovation un levier d’adaptation et d’anticipation des défis environnementaux et des évolutions réglementaires.

3- La seconde édition a eu lieu récemment, pouvez-vous nous résumer les innovations primées en 2017 en lien avec l’emballage ?

Les innovations primées cette année s’attaquent à différentes problématiques sur l’ensemble de la chaine de valeur de l’économie circulaire et s’inscrivent dans les tendances sociétales actuelles : nouveaux débouchés pour les déchets plastiques, amélioration du geste de tri, consommation hors foyer et nouveaux matériaux, remplacement des gobelets plastiques. Concernant l’emballage, les startups finalistes portent des solutions potentiellement disruptives pour le secteur. A titre d’exemple, ‘Do Eat’ développe des « emballages » comestibles. De son côté, ‘Jean Bouteille’ développe la consigne en emballage réutilisable pour les magasins alimentaires. Enfin, ‘Tipa’, une startup internationale, développe quant à elle des emballages plastiques biodégradables.

4- Quelles sont les thématiques sociétales impactant le monde de l’emballage que vous identifiez grâce à ce concours ?

La tendance actuelle du ‘consommer de manière plus durable’ qui occupe tous les acteurs politiques, économiques, financiers ainsi que les citoyens, se retrouve dans le concours.

Cette année, nous avons relevé un intérêt particulier pour le ‘zéro déchet’ à travers des projets visant à réduire la quantité d’emballage ou à améliorer leur biodégradabilité.

Autre exemple : les changements sociétaux qui soutiennent l’économie collaborative et l’économie de la fonctionnalité se traduisent dans le concours par des projets autour de la consigne et du réemploi.

Enfin, l’intérêt est grandissant pour le sujet des ‘matériaux’ et notamment le plastique, à travers des projets visant améliorer la recyclabilité et à trouver de nouveaux exutoires pour le plastique recyclé.

5- Vous connaissez bien le monde des start-up, sources d’innovations, comment imaginer pour le monde de l’emballage une diffusion de leurs idées avec une réalité commerciale ?

Dans un monde de plus en plus complexe, les acteurs sont interdépendants et doivent apprendre à se connaitre davantage pour répondre aux défis économiques, environnementaux et sociétaux de demain.

En tant qu’éco organisme, nous pouvons jouer un rôle important d’intermédiation car nous sommes au carrefour de toutes les parties prenantes.

Pour ne donner qu’un exemple : les startups ne connaissent parfois pas bien les contraintes industrielles des acteurs. Elles s’imaginent qu’un industriel peut changer sa manière de fonctionner sans penser aux difficultés opérationnelles et aux répercussions financières que cela peut représenter.

Nous les aidons à mieux intégrer ces contraintes afin de faciliter les prises de contact et les partenariats avec nos clients.

De l’autre côté, nous faisons de la diffusion d’information auprès de nos clients afin de leur donner de nouvelles possibilités d’innover –et ce en partenariat.

Le rôle du directeur de l’innovation est réellement de favoriser ces mises en relation commerciales au service de la réduction de l’impact environnemental des emballages.

En d’autres mots nous pratiquons une politique d’Open Innovation ambitieuse et à large échelle compte tenu de notre statut dans la filière.

6- Dans un monde en mouvement constant et accéléré, pensez-vous que les projets menés par les start-up peuvent faire bouger les lignes du monde de l’emballage en termes d’innovation ?

Les startups ont fait bouger les lignes de forces dans tous les domaines, y compris dans des domaines industriels (automobile, énergie, aéronautique), du ‘food’, et des services. Le monde de l’emballage ne va pas échapper à la règle. La question est de savoir comment nous pouvons ensemble faire que ces changements se fassent aux bénéfices de l’ensemble des acteurs plutôt qu’à leur dépens comme cela a pu arriver sur d’autres marchés comme celui de la musique qui a encore beaucoup de mal à se remettre du choc économique qui a suivi l’arrivée du digital.