La prévention en actions, vers une dynamique de ruptures
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Interview de Philippe Joguet

JOGUETLes bonnes pratiques en matière de réduction de l’emballage mises en place par les industriels et les distributeurs ont été peu médiatisées, alors qu’il s’agit d’une vraie rupture dans la façon d’appréhender l’emballage. Pour prévenir la génération de déchets, des efforts ont été constamment déployés au niveau de la conception, de la production, de la distribution ou de la consommation des produits. En 2010, le CNE a lancé un groupe de travail sur les actions de prévention existantes ou à l’étude afin de les recenser et de mieux les faire connaître. Philippe Joguet, chef du service réglementations et développement durable de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) et administrateur du CNE, a contribué à ces travaux et nous livre sa vision.

La Lettre : Quel est l’enjeu d’une telle démarche ?

Philippe Joguet : Nous sommes confrontés à une augmentation constante du nombre d’emballages, pour des raisons diverses liées notamment à l’évolution des modes de consommation. L’enjeu est donc de réduire l’emballage à la source pour diminuer d’autant le volume des déchets générés. C’est pourquoi nous avons axé notre réflexion sur la notion de prévention qui exprime la volonté d’une action en amont des producteurs et des distributeurs, de façon à optimiser chaque étape du cycle de vie, de la conception à l’élimination en passant par la production, le transport et la consommation. C’est cette conjugaison d’actions qui permet une action de prévention efficace et donc la réduction des déchets d’emballages. Une des missions du CNE est de favoriser cette démarche partenariale en impliquant tous les acteurs de la chaine : le fabricant d’emballage, le producteur, le distributeur, le consommateur, les Eco-organismes.

Voilà ce qui a motivé la création de ce groupe de travail en 2010.

 

La Lettre : Mais pourquoi parler de « ruptures » ?

 

Philippe Joguet : Depuis plusieurs années, nous avons pu maintenir, voire diminuer le tonnage des emballages, alors même que le nombre unitaire d’emballages ne cesse d’augmenter. Pourquoi ? Parce que de nombreuses actions de prévention ont été mises en place, notamment par le biais d’avancées technologiques. Pour ne citer qu’un exemple, celui des bouteilles d’eaux minérales dont le poids a été diminué par deux en quinze ans. Tous ces efforts ont porté leurs fruits, de sorte que la marge de progrès est désormais plus restreinte. Il faut donc trouver autre chose, innover, rompre avec les habitudes, changer de regard sur les choses, et cela à tous les niveaux de la chaine. C’est pour valoriser ces actions innovantes que le CNE parle de « rupture ». Ce que nous avons cherché à faire avec ce groupe de travail, c’est justement de recenser toutes ces actions innovantes afin de les valoriser et de les médiatiser dans le but de les voir rapidement se généraliser.

 

La Lettre : A quoi pensez-vous par exemple ?

 

Philippe Joguet : Puisque nous évoquons l’emballage de l’eau, proposer aux consommateurs des bouteilles d’eau minérales de 3 litres, adaptées à une consommation familiale, ou favoriser les fontaines à eau dans les réunions plutôt que les bouteilles individuelles, sont des actions de prévention qui s’inscrivent dans une dynamique de rupture. Il s’agit souvent de ruptures culturelles plus que technologiques !

 

La Lettre : Qu’est ce que les entreprises du commerce et de la distribution ont à gagner à participer à de telles initiatives ?

 

Philippe Joguet : La distribution occupe une place centrale dans la chaine de l’emballage. En amont, elle influe sur la fabrication des produits, qu’il s’agisse de marques nationales ou de produits MDD (marques de distributeurs) qui représentent aujourd’hui une part croissante de nos ventes. Préserver la ressource (la matière première utilisée comme l’énergie pour produire), choisir des matériaux moins composites, concevoir un emballage qui se démantèle plus facilement au moment du recyclage… sont autant d’éléments pertinents de l’éco conception. En aval, les distributeurs peuvent orienter et guider les choix du consommateur pour l’inciter à consommer des produits dont l’emballage est optimisé mais aussi à trier ses déchets pour favoriser le recyclage des emballages. Proposer des produits « d’éco-conception » est au cœur de notre démarche, non seulement par souci de responsabilité collective, s’agissant des impacts environnementaux, mais aussi parce qu’économiser la matière, utiliser moins d’énergie dans la production comme dans le transport, optimiser les flux logistiques etc., toutes ces actions de prévention représentent des économies financières pour les entreprises.

 

La Lettre : Quelles sont les actions en matière de prévention par la réduction à la source des déchets d’emballages qui vous ont semblé les plus pertinentes ?

 

Philippe Joguet : Le groupe de travail du CNE a focalisé son analyse sur des secteurs importants de la consommation : l’alimentaire, les produits d’hygiène, l’électroménager et le jouet. Puis, il a identifié des bonnes pratiques de prévention susceptibles d’être généralisées ou étendues à d’autres produits. L’idée étant de les faire connaître pour favoriser leur généralisation. Pour chaque exemple, nous avons estimé l’économie potentielle d’emballage (en tonnes par an) si le concept était étendu à toute la filière concernée. Nous avons identifié cinq bonnes pratiques de prévention :

– Le cartonnage des pots de yaourts que l’on peut supprimer quand ceux-ci sont emballés par quatre, voire par 6 pour les compotes.

– Le bouchon des bouteilles en plastique que l’on peut alléger et qui pourrait représenter plus de 5 000 tonnes de matériaux économisés chaque année.

– L’emballage plastique du pot de yaourt dont on peut alléger le poids à travers l’utilisation de polystyrène expansé (PSE). Pour un volume de 850 000 tonnes de yaourts produites par an, on pourrait économiser 2 à 3 000 tonnes de plastique chaque année.

– L’emballage des brosses à dents vendue à l’unité avec une coque en plastique et un dos en carton. L’idée est de simplement réduire sa largeur. Avec 33 millions de brosses à dents vendues à l’unité, on pourrait économiser 40 tonnes de plastique et près de 60 de carton.

– Revisiter le système complet de l’emballage des tubes de dentifrices et pouvoir ainsi supprimer l’étui carton.

Nous avons également identifié cinq autres pistes innovantes qui méritent d’être approfondies :

– Optimiser le rapport volumique contenu/contenant des boites de céréales pour petit déjeuner.

– Investiguer plus avant la vente en vrac quand le produit s’y prête : les céréales, les fruits secs, les légumes secs.

– Proposer les grands formats quand ils sont adéquats avec la consommation du produit.

– Repenser les éco-recharges.

– Optimiser le poids des bouteilles en verre comme cela a pu se faire de manière interprofessionnelle pour le Champagne (CICV) ou de manière volontaire pour le vin chez certains de nos adhérents.

 

La Lettre : Quels enjeux pour 2011 ?

 

Philippe Joguet : Si 2010 a permis au CNE d’identifier les pratiques et les potentiels de prévention, 2011 doit permettre de faire connaître ces bonnes pratiques et de les généraliser à travers des actions collectives qui limitent le risque concurrentiel. En bref, il faut concrétiser à grande échelle. C’est le sens du slogan : « La prévention en actions ».

 

Pour plus d’information ; vous pouvez télécharger le compte rendu de ce groupe de travail « La prévention en actions ; vers une dynamique de ruptures » sur le site du CNE : www.conseil-emballage.org